Marie Montpellier | Association Roue Libre

Roue Libre est une association loi 1901 crée à Montpellier en 2019 , qui a pour objectif de transmettre la passion et la pratique du skateboard. L’association propose des cours, et des stages ainsi que l’organisation d’événements autour du skate : sorties skatepark , sessions street, prises de photos et vidéos, réalisation de montage, projection de vidéos de skate etc.

Est ce que tu peux te présenter brièvement ?

Moi c’est Marie, j’ai 32, bientôt 33 en septembre, le temps passe vite… Bref je skate depuis mes 13 ans. Après plusieurs blessures et des moments de relâche, cela fait 4 ans que je skate à fond. J’habite à Montpellier depuis 5 ans. 

 Comment as- tu commencé le skate? 

Un copain de mon frère avait laissé sa planche à la maison. Je me souviens qu’il faisait des gros ollies et des gros flips et que son style me plaisait. Moi je ne connaissais pas du tout le skate parce que j’habitais à la campagne, mais ça m’a donné envie d’essayer. On a essayé avec les potes du village et on a tellement aimé qu’on s’est mit à construire nos modules et à filmer nos tricks. On avait du mérite parce que c’était vraiment dans la campagne profonde, dans l’est de la France et il fallait nettoyer le sol avant de skater ou se trouver un bout de route… Suite à ça, je m’y suis vraiment mis et j’ai commencé à voyager pour skater. A 15 ans, j’ai gagné le contest V7 en catégorie femme et j’ai trouvé des sponsors, ce qui m’a permit de recevoir un peu de matos et de continuer à skater. Sans ça je ne sais pas si j’aurais pu continuer parce que ni moi ni mes parents n’avait l’argent pour cette passion. Très vite j’ai eu une marque aussi, Rockslide skateshop, qui était de Niort dans ma région. Je skatais avec un crew de meuf. Et puis je suis vite partie de la campagne pour continuer le skate en ville. 

Qu’est ce qui t’as poussé à monter l’association Roue Libre?

Le modèle associatif me plaît, car comme le skate, il reflète une certaine liberté. Je bossais déjà pour un autre club en tant que monitrice. J’avais vraiment envie d’en faire mon travail, avec une pédagogie inclusive et non binaire, je trouve que c’est important dans le skate. J’ai alors monté Roue Libre en 2019 à Montpellier. L’objectif c’était vraiment de pouvoir vivre de ma passion et d’essayer d’apporter quelque chose de différent à la scène montpelliéraine. Pour le moment, je suis basée uniquement au skatepark de Mauguio car j’attends d’avoir des autorisations pour les skateparks de Montpellier. 

Qu’est ce que tu ressens quand tu es sur ta planche (quand tu prends une courbe, quand tu roule en ville…) ? 

Je ressens beaucoup d’énergies positives, une libération infinie, c’est vraiment ce qui me fait oublier tous les problèmes de la vie : quand on skate on est focalisé sur soi, sur son objectif. Moi je viens du skate street, j’aime me balader librement dans la rue. J’ai développé un regard spécifique de l’espace public : tout peut devenir un terrain de jeu. 

En tant que femme, je me sens complétement détachée de beaucoup de choses, c’est là ou je me sens le mieux, je peux tout évacuer et je me sens à l’aise sur ma planche, c’est chouette. C’est du feeling, c’est relié à l’art, au tatoo, à la musique… Et au militantisme.

Je ressens aussi de l’adrénaline, parce que l’espace public est super genré et sexiste. On a appris aux hommes à se l’approprier dans la construction sportive et aux femmes à s’effacer parce qu’on risque toujours de se faire agresser. Je sens qu’en faisant du skate je me réaffirme dans l’espace public et je prend confiance à travers cet art. Je pense que c’est ce qui plaît aux filles qui commencent le skate. 

En quoi le skate t’a aidé à affirmer ses convictions et tes révoltes ? 

Le skate m’a poussé à voyager assez tôt et à aller à la rencontre de plein de gens. J’ai aussi étudié la sociologie à côté. Je trouve que le skate aide énormément à se sociabiliser, surtout quand tu arrives quelque part où tu ne connais personne et parfois pas la langue. Dans la rue on rencontre aussi d’autres cultures urbaines comme l’urbex ou le graf et tout comme ces pratiques on est toujours à la recherche de nouveaux lieux, de nouvelles possibilités. Tout ça aide à affirmer son art, car pour moi le skate c’est de l’art : on exprime quelque chose, on prend une posture artistique, politique… C’est difficile de comprendre quand on ne skate pas mais c’est vraiment un mode de vie. 

Cette interview a été réalisé à l’occasion de l’anniversaire des 30 ans du French American Center à l’occasion de l’exposition ‘Skate In The Moment‘ à Montpellier

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